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Livres

Une littérature pour le temps présent.

Flammarion2008

Notes sur la terreur

« L’histoire de la quête des restes et de l’identification des victimes du 11 Septembre a commencé en janvier 2002, avec l’annonce par les autorités médicales que cinq cent seulement des deux mille huit cent victimes environ avait pu être identifées. Les déclarations des équipes médicales suscitèrent des discussions répercutées dans la presse concernant l’intensité et la vitesse avec laquelle des corps humains sont réduits en poussière quand s’effondre la tour de trois cent mètres qui les contient; sur l’intensité avec laquelle ces corps sont ou non consumés par le carburant des avions en flammes si puissantes qu’elle peuvent faire fondre le fer. L’alliage du feu et de la compression due à l’effondrement des gratte-ciels avait réduit la plupart des victimes à des débris de tissus de chairs et d’os dispersés dans plus d’une tonne de décombres répandus sur près de soixante-cinq mille mètre carrés. Ces décombres furent dès que possible transportés de Ground Zero à Staten Island où les recherches méthodiques purent commencer: ongles, morceaux de corps et de vêtement fondus ensembles par la puissance de l’explosion et les intempéries, os et cartilages brisés dans la ferraille tordue et la pierre. L’un des problèmes, dit K. devant son brunch, a consisté à faire la différence entre restes humains et viandes des cuisines des restaurants qui se trouvaient au sommet des tours. Ao bout d’un an, dix mille fragments de corps humains avaient été collectés, dont furent extraits vingt mille échantillons destinés à la procédure d’identification par ADN. Il fallut aussi mettre au point des kits spéciaux d’analyse au point que , par l’ampleur des efforts déployés, l’attaque du 11 Septembre est devenue l’un des jalons majeurs de la recherche ADN.
Stock2000

Mariage mixte

« '-Tu l’as tué? -Je n’allais pas laisser mon argent à un batard, tu crois pas?’ Posant ses mains sur ses hanches, maintenant, et remontant sa jupe; elle se laissait faire, souriant toujours, sans le quitter du regard. ‘-Je l’ai étranglé ici. devant la porte. -Et qu’est-ce que tu en as fait? -Je l’ai enterré du côté de Lucéram.’ Il parlait doucement, avec une espèce de fierté. Il pouvait voir au mur, derrière elle, le dessin de l’enfant: il défaisait, tout en parlant, la braguette de son pantalon, impatient de lui montrer ce que pour elle il s’était fait. Mais elle, pas encore satisfaite: ‘-Et pourquoi t’es allé l’enterrer si loin de chez nous? -Ecoute, je savais pas, comment, je savais pas où le mettre, moi, t’es marrante… Viens, reprit-il, viens allez.’ Mais à nouveau, elle se dégageait: ‘-Ca me semble invraisemblable. Tu as transporté son cadavree pendant combien de temps? -J’ai pas regardé l’heure, hein! -Non, mais environ…-Je sais pas, une heure peut-être. -Tu t’es promené avec un cadavre dans ta voiture pendant une heure? -Ecoute, je veux plus en parler. -Mais moi, si. J’ai besoin de détails, si tu veux que je te crois, il me faut des détails.’ Il soupirait. Au mur, derrière elle, il vit les couleurs heureuses du dessin de Charles-Edouard. Papa et maman dans la maison familiale. -Est-ce qu’il s’est beaucoup débattu quand tu l’as étranglé? Est-ce qu’il pleurait? Combien de temps ça a mis pour qu’il meure? Dis-moi. Donne-moi des détails. Raconte!